Claude Brasseur, dernier éléphant du cinéma français
L'acteur français est mort ce mardi à l'âge de 84 ans, à l'issue d'une longue carrière. Il est apparu dans quelque 90 films. Dont les iconiques "Un éléphant, ça trompe énormément" et "La Boum".

- Publié le 22-12-2020 à 19h35
- Mis à jour le 22-12-2020 à 22h28

En 1977, Claude Brasseur empochait le César du meilleur second rôle pour Un Éléphant ça trompe énormément d'Yves Robert, savoureuse comédie au masculin écrite par Jean-Loup Dabadie racontant les mésaventures amoureuses de quatre quarantenaires. Ce mardi 22 décembre, l'acteur a rejoint Jean Rochefort, Guy Bedos et Victor Lanoux dans les étoiles. "Voilà. Amusez-vous bien", a sobrement commenté Nicolas Bedos sur Twitter, en postant une photo de tournage du film, montrant son père trinquant aux côtés d'Annie Duperey, Yves Robert, Jean-Loup Dabadie et de Claude Brasseur. Lequel s'est éteint, entouré de ses proches, à l'âge de 84 ans à Paris. "Il n'a pas été victime du Covid, a précisé son agente Elisabeth Tanner. Il sera inhumé à Paris dans le respect des règles sanitaires et reposera aux côtés de son père au cimetière du Père-Lachaise à Paris."
Né le 15 juin 1936 à Neuilly-sur-Seine, Claude Pierre Espinasse (de son vrai nom) est en effet le fils de l'immense comédien Pierre Brasseur et de l'actrice Odette Joyeux. Avec un tel pédigree - sans compter un parrain pas comme les autres, le grand romancier américain Ernest Hemingway -, c'est tout naturellement qu'il se glisse dans les pas de ses parents. En 1955, à 19 ans, il crée le Judas de Marcel Pagnol et l'année suivante, il fait sa première apparition au cinéma, dans Rencontre à Paris de Georges Lampin. Dès ses débuts, le comédien mène en effet sa carrière sur tous les fronts : sur les planches, au grand écran et à la télévision. Ce sera le cas jusqu'à la fin de sa vie.

Des débuts en fanfare
Après avoir fait son service militaire au sein des parachutistes en Algérie en 1957, Claude Brasseur retrouve rapidement le chemin des plateaux. Il enchaîne les tournages avec de grands metteurs en scène comme Marcel Carné, Roger Vadim, Michel Deville, Édouard Molinaro, Denys de La Patellière ou Costa-Gavras… Adepte du cinéma populaire, il ne dédaigne pas pour autant la Nouvelle Vague, jouant en 1964 dans Bande à part de Jean-Luc Godard (qui le refera tourner aux côtés de Johnny Hallyday et Nathalie Baye dans Détective en 1985) et dans Une belle fille comme moi de François Truffaut en 1972.
À cette époque, Claude Brasseur devient aussi un visage connu du petit écran. En 1965, il incarne Rouletabille dans Le Mystère de la chambre jaune de Jean Kerchbron. Tandis que Marcel Bluwal le filme dans deux productions théâtrales de prestige pour la télévision : Dom Juan ou le Festin de pierre de Molière, en 1965, et Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux en 1967, où il incarne respectivement Sganarelle et Arlequin. Tandis qu'il reprend le rôle de Vidocq de 1971 à 1973 dans Les Nouvelles Aventures de Vidocq. Trente ans plus tard, il retrouvera un autre rôle récurrent de flic, incarnant pendant quatre saisons le commissaire Franck Keller, dans la série homonyme de TF1.
La révélation comique
Au cinéma, Claude Brasseur gagne ses galons grâce à George Lautner, qui lui offre le premier rôle des Seins de glace en 1974. Face à Alain Delon, il y incarne un romancier en villégiature sur la Côte d'Azur, fasciné par la beauté d'une femme aussi mystérieuse que dangereuse incarnée par la blondissime Mireille Darc. Après avoir donné la réplique à Gérard Depardieu et Isabelle Adjani dans Barocco d'André Téchiné, il s'impose définitivement dans le cœur des spectateurs grâce à Daniel, l'homosexuel refoulé d'Un éléphant ça trompe énormément en 1976 et Nous irons tous au paradis sa suite, l'année suivante, face à ses amis Jean Rochefort, Guy Bedos et Victor Lanoux. Yves Robert retrouvera sa joyeuse petite bande, avec moins de succès, dans Le Bal des casse-pieds en 1992.
En 1979, chose inhabituelle, Claude Brasseur se voit nommé à deux reprises aux César (meilleur acteur et meilleur second rôle) pour le même rôle, celui de Serge, l'amant de Romy Schneider, dans Une histoire simple de Claude Sautet. Il n'en décroche aucun. L'erreur est réparée l'année suivante, où il a son second César (cette fois du meilleur acteur) pour son rôle de commissaire musclé de l'anti-gang dans La Guerre des polices de Robin Davis.
1980 est une année faste pour l'acteur, qui retrouve Romy Schneider dans La Banquière de Francis Girod, mais qui joue surtout dans La Boum. Claude Pinoteau, qui l'avait déjà fait tourner quatre ans plus tôt dans Le Grand Escogriffe, confie à l'acteur de 44 ans le rôle de François Beretton, le père de Vic, l'éternelle adolescente campée par Sophie Marceau. Avec 4,4 millions d'entrées, le film s'impose comme la comédie générationnelle du début des années 1980. Sa suite, La Boum 2 en 1982, connaîtra d'ailleurs le même succès.

Inoubliable Fouché dans "Le Souper"
Pourtant, la carrière au cinéma de Brasseur commence à piétiner quelque peu, malgré quelques films marquants comme Détective (1985) de Godard ou L'Union sacrée (1989) d'Alexandre Arcady. C'est via le théâtre - un amour qui ne l'a jamais quitté ; il montait encore sur les planches en 2017 dans L'Indigent philosophe de Marivaux au Théâtre de l'Atelier - que le comédien retrouve un rôle à sa mesure.
Après avoir incarné Joseph Fouché dans Le Souper de Jean-Claude Brisville au théâtre Montparnasse à Paris en 1989 et aux Célestins à Lyon en 1991, Brasseur participe, l'année suivante, à l'adaptation de la pièce signée Édouard Molinaro, qui retrouve le comédien pour la quatrième et dernière fois. Face à Claude Rich en Taleyrand, Brasseur excelle dans ce dialogue à fleurets mouchetés sur l'avenir de la France au lendemain de la défaite de Napoléon à Waterloo. Un rôle qui lui vaudra sa dernière nomination aux César.

Populaire jusqu'au bout
C'est que l'aura artistique de Claude Brasseur va finir par s'étioler. En 1998, Francis Weber ne fait pas appel à lui pour son Dîner de cons. Alors qu'il avait participé à la création de la pièce en 1993, il est en effet remplacé par Thierry Lhermitte face à Jacques Villeret. Mais l'acteur peut compter sur des réalisateurs fidèles, comme Bertrand Blier (qui le fait tourner dans Un, deux, trois, soleil en 1993 et Les Acteurs en 2000) ou Francis Girod pour Délit mineur, leur ultime collaboration en 1994, après quatre films.
Si Claude Brasseur n'est plus le grand acteur qu'il fut, il n'a pour autant jamais perdu en popularité. Dans les années 2000, il continue en effet de jouer pour la télévision et est à l'affiche de comédies populaires à succès. Il donne ainsi la réplique à Gad Elmaleh dans Chouchou, de Merzak Allouache en 2003, mais surtout à Frank Dubosc dans Camping, de Fabien Onteniente en 2006 - le plus grand succès de sa carrière, avec 5,5 millions d'entrées. Il paraîtra d'ailleurs dans les deux suites en 2010 et 2016. Avant de donner une dernière fois la réplique à son copain Dubosc dans le premier film en tant que réalisateur de ce dernier, la comédie Tout le monde debout en 2018.
Si la postérité retient évidemment l'acteur, Claude Brasseur fut aussi un grand sportif. En 1964, il aurait ainsi dû participer aux Jeux olympiques d'hiver d'Innsbruck dans l'équipe française de bobsleigh, s'il n'avait été victime d'un grave accident lors des entraînements. Tandis qu'en 1983, il remportait le rallye Paris-Dakar, en tant que copilote de notre compatriote Jacky Ickx.