Figure de l'éthio-jazz née en 1935, Gétatchèw Mèkurya connut une véritable renaissance avec le phénoménal succès des compilations Ethiopiques. Décédé le 4 avril, il avait marqué de son style inimitable la petite histoire de la musique… On le surnommait le «Négus du saxophone», un colosse dans son genre. C'était d'ailleurs le titre qu'avait choisi Francis Falceto, le mélomane chercheur de sons qui l'avait sorti de l'oubli parmi d'autres trésors éthiopiens, au moment de publier le premier album de Gétatchèw Mèkurya.
Depuis, le volume 14 de la série Ethiopiques est devenu un standard de toute bonne discothèque. En 2003, ce disque, une forme d'ovni, fit son effet : on y découvrait un lointain cousin d'Albert Ayler, une énergie voisine du free jazz afro-américain dès les années 50. Tout particulièrement à travers l'adaptation instrumentale du Shellela, un chant guerrier éthiopien, où celui qui fera sa carrière dans de grands orchestres nationaux, notamment le fameux Police Orchestra dont il deviendra un des formateurs plus tard, pousse un cri tout aussi envoûtant.
La crinière du lion
Après des années dans les oubliettes de l’histoire, Gétatchèw Mèkurya va rallier à sa cause des bandes de musiciens de tous horizons. Le quatuor à cordes Kronos Quartet lui emprunta un thème, tandis qu’un quintet de jazz parisien choisira pour nom Akalé Wubé, un des titres du redoutable saxophoniste, «ma jolie» en amharique. Quant au combo post-punk The Ex basé à Amsterdam, il va intégrer le style de l’Ethiopien à sa formule, tendance radicale.
S'ensuivront deux disques et plus de cent concerts où le sexagénaire trônait en scène, avec son costume traditionnel : la cape figurant un animal mort et une coiffe rappelant la crinière du lion. L'affaire fit grand boucan dans les colonnes. Dix ans plus tard, en 2015, les Néerlandais lui organisèrent d'ailleurs un grand événement au Théâtre national d'Addis-Abeba, alors que le saxophoniste connaissait déjà des problèmes de santé. «Gétatchèw jouait assis sur une chaise, mais son jeu était plus puissant que jamais, se rappellent aujourd'hui les membres de The Ex sur leur site. Toute sa vie était dédiée à la musique. Avec ses sonorités et son approche unique, c'est une source d'inspiration éternelle qu'il laisse derrière lui ! Il nous manquera !»